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Heureusement, Juergen Teller est allergique au bois

Jusqu’au 9 janvier 2024, Juergen Teller présente trente-cinq ans de carrière au Grand Palais éphémère. Pionnier du porno chic et du glamour-trash, star de l’image contemporaine, c’est la plus grande rétrospective d’un photographe de son vivant.

Issu d’une famille de luthiers, Juergen Teller s’orientait vers la profession d’archetier. Il abandonne sa formation après le diagnostic d’une allergie au bois et entame celle de photographe à Munich. Pour échapper à son service militaire, le jeune allemand s’installe à Londres en 1986. Grâce à l’intermédiaire de Nick Knight, un photographe anglais, il réalise ses premières pochettes de disque. Dès les 90’s, en pleine période grunge, l’ascension de Juergen Teller est fulgurante. Il se démarque avec son regard décalé, provocateur et surtout son humour qui constituent son style singulier.

I need to live, le goût de l’autofiction

Son titre (j’ai besoin de vivre) exprime la vitalité de ses photos, la fragilité humaine retranscrite sur ses clichés. L’exposition, qui regroupe ses œuvres commerciales et ses œuvres personnelles, est conçue pour offrir les clefs de l’esprit de l’artiste. Elle débute par quatre photographies grand format. La première est une photo de lui bébé, prise par son père ; la deuxième est une reproduction d’article dans lequel était relaté le suicide son papa ; la troisième représente sa maman regardant l’objectif, la tête dans la mâchoire d’un crocodile ; et la quatrième, dans un pur style Juergen Teller, est un autoportrait nu de l’artiste devant la tombe de son père, ballon de foot, bière et cigarette. Dans des séries presque autobiographiques, le photographe met en scène ses proches, sa vision du monde et ses envies.

Des années 1960 à 2020, il n’a cessé de capturer des moments de vie, parfois intimes, parfois sérieux, souvent teintés d’érotisme et de facétie. Du trash au burlesque, Juergen Teller célèbre la vie.

Au cours des cinq dernières années, Teller a travaillé avec sa femme, Dovile Drizyte, sur des projets communs qui témoignent de divers aspects de leur relation. Le propriétaire d’un bel hôtel, près du lac de Côme, leur a prêté 94 chambres dans lesquelles Juergen et Dovile ont incarné le mythe de la fertilité. La série « The Myth » est l’interprétation ludique leur désir d’avoir un enfant.

Le grunge et la mode

Qualifié d’underground, Juergen Teller est plébiscité par les artistes musicaux de l’époque pour leurs pochettes d’albums. En 1992, il réalise ses premiers clichés de Björk. Parmi les autres interprètes, il tire le portrait de Kurt Cobain, Morrissey, Elton John et Iggy Pop. Les célébrités se prêtent au jeu (et à l’objectif) du photographe. Agnès Varda, Kim Kardashian, Charlotte Rampling, Vivienne Westwood posent nues ou dans des décors loufoques. Sa patte qui attire les grands noms ? Son refus de glamouriser. Lumière crue, peau qui brille, défauts en évidences, pour les stars aussi, c’est la vie qu’il montre.

Il en va de même de la mise en scène des mannequins qu’il photographie pour les magazines (The Face, le premier à lui confier une série mode, i-D, Vogue) ou les grandes maisons. Son travail est à rebours des photos classiques de mode. En 98, Juergen Teller et Marc Jacobs lancent leur collaboration artistique. Tous deux partagent la même irrévérence et l’envie de bouleverser les codes de la publicité : ils imposent la fameuse double-page. L’une entièrement blanche avec le nom du styliste, du photographe et du modèle, l’autre, un cliché rompant avec l’idée de la belle photo. C’est moderne, surprenant, leur association devient pérenne. Pour les campagnes de Marc Jacobs, Juergen Teller photographie Victoria Beckham, Sofia Coppola et Kate Moss (qu’il photographiait déjà depuis ses quinze ans). Pour Yves Saint-Laurent, Juergen Teller est plus poétique comme la campagne de 2019, où les jambes vêtues de collants noirs contrastaient avec le fond bleu cristallin. Là encore, la collaboration est étroite et brillante entre la maison et l’artiste. Anthony Vaccarello, directeur artistique de Saint-Laurent déclare : “Pour comprendre ma relation avec Juergen Teller, il faut remonter au duo mythique Yves Saint Laurent et Helmut Newton”. Réincarnation des génies. Mécène de l’exposition au Grand Palais éphémère, Saint-Laurent a dévoilé une capsule entière dédiée à Juergen Teller.

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